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La « chatière » et le volet environnemental

- HAROPA PORT

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L’impact hydro-sédimentaire : comment l’éviter, le réduire, le compenser ? 

A l’échelle de l’estuaire de la Seine, l’hydro-sédimentaire (*) est un enjeu essentiel. En effet, ces fonds marins accueillent une biodiversité d’une grande richesse qu’il convient de protéger et préserver. Par ailleurs, la façon dont évoluent les fonds de l’estuaire peut avoir un impact direct sur les volumes de sédiments à draguer par les Ports du Havre et de Rouen. Même si cette pratique vise à être réduite pour des questions environnementales, elle demeure jusqu’à ce jour indispensable pour l’accueil et le passage des navires.  
(*) il s’agit de la façon dont sont constitués et évoluent les fonds de l’estuaire (profondeur des fonds, teneur en vase et sable, vitesse des courants, …).


Créer un nouveau chenal et une nouvelle digue nécessite de bien comprendre en quoi ces aménagements peuvent impacter l’évolution hydro-sédimentaire de la zone, voire de l’estuaire de la Seine. C’est dans ce cadre que HAROPA – Port du Havre a commandé une étude spécifique auprès d’ARTELIA. Menée à partir d’un modèle informatique 3D de l’estuaire, outil efficace et déjà utilisé à d’autres fins par le passé, l’étude a été faite sur une durée de simulation de 7 ans selon deux scenarii différents : le premier avec la « chatière » et le second sans. Le comparatif de l’évolution des fonds marins entre ces deux situations est représenté sur la figure suivante :

 

Nous pouvons observer et analyser ces résultats selon la manière suivante : 

  • jaune / rouge : on observe les zones dont les niveaux de fond vont augmenter (soit par l’augmentation du dépôt de sédiments, soit par la baisse de l’érosion) ; 
  • bleu : on observe les zones dont les niveaux de fond vont baisser (soit par la diminution du dépôt des sédiments, soit par l’augmentation de l’érosion). Il est donc naturel que le chanel maritime protégé de la « chatière » apparaisse ici en bleu. 

Ce schéma permet de tirer la conclusion suivante : les évolutions des fonds marins dues à la « chatière » sont faibles et extrêmement localisées à la zone de l’aménagement. De plus, aucun effet hydro-sédimentaire n’est observé à l’échelle de l’estuaire de la Seine. 

En ce qui concerne les courants, le modèle met en exergue une légère augmentation à certaines étapes de la marée au droit des passes de la « chatière » dans les avant-ports du port historique et de Port 2000. Grâce à cette analyse, les effets ont pu être analysés par les pilotes du Havre qui ont testé l’acceptabilité de ces légères évolutions sur leur simulateur et ont communiqué une suite favorable. 

Pour prendre connaissance des évaluation réalisée à partir du modèle 3D ARTELIA : en 2017 et en 2020

L’impact sur les dragages : comment l’éviter, le réduire, le compenser ? 

Les travaux de réalisation de la « chatière » vont entraîner l’immersion, sur le site d’Octeville-sur-Mer, de 2,7 millions de m3 de matériaux dragués. Ces opérations sont encadrées pour rappel par la règlementation en vigueur qui prévoit un suivi et un contrôle extrêmement précis (contrôle des trajets empruntés par les dragues, des volumes clappés, imposition d’un plan d’immersion sur le site pour éviter des épaisseurs de sédiments trop importantes pour la faune benthique et favoriser sa recolonisation, etc). 

A contrario, les campagnes géochimiques menées en 2016 puis 2020 avaient permis de cerner une zone du port historique sur laquelle se trouvait 66 000 m3 de matériaux non-immergeables. Ceux-ci seront donc dragués, valorisés puis acheminés vers l’ancien bassin aux pétroles en vue d’être remblayés. 

Une fois l’ouvrage opérationnel, l’étude conduite par ARTELIA a permis de démontrer que la « chatière » générera une augmentation des dragages du port à hauteur de 7 % par an, soit un supplément de 150 000 m3 de sédiments chaque année. Ces volumes seront également immergés sur le site d’Octeville-sur-Mer, toujours dans le strict respect de la règlementation en vigueur. En effet, depuis l’arrêté préfectoral en date du 26 octobre 2004, portant permis d’immersion et autorisation de dragage et de rejet (renouvelé en 2009 puis 2015), l’ensemble des travaux de dragage d’entretien menés par le Port du Havre est règlementé et autorisé. 

 

Cliquez ci-dessous pour découvrir :

- le rapport géochimie conduit par HAROPA – Port du Havre
- l’étude sur l’impact hydro-sédimentaire de l’aménagement de la « chatière » menée par ARTELIA en 2017
- l’étude sur l’impact hydro-sédimentaire « chatière » menée par ARTELIA en 2020

L’impact sur la faune benthique : comment l’éviter, le réduire, le compenser ?

Il convient de rappeler que la faune benthique désigne l’ensemble des espèces faunistiques aquatiques qui vivent à proximité des fonds marins et océaniques comme des lacs et cours d’eau. Afin de caractériser les communautés benthiques se développant sur la zone d’accueil du projet, des inventaires ont été menés par la Cellule de suivi du littoral normand (CSLN) pour évaluer les possibles impacts

Les stations d’échantillonnage ont été positionnées puis relevées en hiver et en été (voir schéma ci-dessous). 

 

L’étude a permis de mettre en exergue plusieurs résultats : 

  • les trois stations AD01, AD06 et AD11, positionnées le long du tracé de la future « chatière », présentent une couverture sédimentaire composée de vases et de vases sableuses portuaires liquides grises et anoxiques. Nous trouvons dans ces composantes des communautés benthiques similaires à celles des bassins à marées en terme de richesse spécifique. Le nombre d’espèces y est moindre et celles y proliférant sont peu sensibles. 
  • La station AD12, située à l’angle de la digue Sud du port historique, est une station à graviers caillouteux composés de graviers et galets peu envasés. On y trouve en revanche des populations d’espèces sensibles et d’intérêt écologique. 

Cependant, il convient de rappeler que cette station se situe hors du secteur impacté par le projet de la « chatière »

Pour découvrir le rapport macrofaune benthique piloté par la CSLN, cliquez ici

L’impact sur l’ichtyofaune : comment l’éviter, le réduire, le compenser ?

Avant toute chose, il convient de rappeler que l’ichtyofaune rassemble les poissons. Dans un cadre similaire à l’inventaire macrofaune benthique qui a été mené, HAROPA – Port du Havre a commandé la réalisation d’inventaires ichtyofaune sur la zone d’implantation du projet auprès de la Cellule de suivi du littoral normand (CSLN). L’objectif était de caractériser les espèces de poissons présentes et pouvant être impactées par la création de la « chatière ». 

Deux stations ont été échantillonnés sur les quatre saisons de l’année, à savoir que : 

  • la station A est en dehors de la zone du projet et n’est donc pas impactée ; 
  • la station B est située dans l’emprise du futur chenal de la « chatière ».

 

Au total, ce sont 28 espèces de poissons différentes (21 bentho-démersales - 7 pélagiques) et 9 espèces d’invertébrés qui ont été identifiées dans la zone grâce aux échantillonnages. Les principales espèces ont été renseignées sur le schéma qui suit : 

 

Néanmoins, la situation accidentée de cette zone au pied de la digue n’a pas permis d’utiliser certaines techniques de prélèvement, prévues dans l’inventaire, notamment celles à base d’engins actifs, méthode adaptée au prélèvement des juvéniles de poissons, à cause du risque de croche. Il demeure alors une incertitude sur la possible adaptation des juvéniles à la zone du projet et à leur développement. A cette interrogation, soulevée lors de la concertation publique initiée en 2017, le Port du Havre a souhaité y apporter une réponse exacte. Dans ce cadre, des compléments d’information ont pu être dégagés à partir de l’étude PROPOSE (potentialités de restauration des habitats clés pour les poissons dans l’estuaire de la Seine) réalisée en 2019 par le groupement d’intérêt public Seine-Aval. Cette étude identifie notamment les caractéristiques physiques propices aux zones de nourriceries. Ainsi, pour les soles, voici ce qui a été conclu : 

  • des zones intertidales du secteur eu- et poly-halin ;
  • des cotes bathymétriques comprises entre -5 m et +1 m CMH ;
  • une intensité de courant comprise entre 0,5 et 0,8 m/s ;
  • des sédiments (mélange avec une teneur en vase élevée).

 

Or, en appliquant ces critères au modèle hydro-sédimentaire d’ARTELIA dans le scénario avec « chatière » et dans le scénario sans « chatière », il apparaît que l’ensemble des conditions ne sont pas réunies sur la zone : le critère « vitesse de fond » n’est pas compatible avec les exigences écologiques des juvéniles de soles.    

Le même exercice a été mené pour les bars. Il a permis de démontrer que là-aussi, le critère de vitesse moyenne calculée n’est pas compatible avec les exigences écologiques des juvéniles. 
 

 

Pour découvrir : 

  • le rapport ichtyofaune piloté par la CSLN en 2016, cliquez ici
  • l’étude PROPOSE pilotée par le GIPSA en 2019, cliquez ici

L’impact sur les mammifères marins : comment l’éviter, le réduire, le compenser ?

Concernant les mammifères marins, leur présence dans l’estuaire de la Seine est un enjeu environnemental fort. Des phoques veau marin et des globicéphales sont ainsi observés, et parfois même, à proximité de la zone du projet, notamment au niveau des bassins portuaires. Afin d’étudier la présence et l’utilisation de la zone d’accueil de la future « chatière » comme zone de repos par ces espèces, le Port du Havre a procédé à une observation, à l’aide de caméras, des sites potentiels de repos à proximité de la zone en question, de ces espèces, à savoir : 

  • la plage hydraulique à l’extérieur du bassin de Port 2000, qui sera impactée par le projet ; 
  • la place écologique dans le bassin de Port 2000, qui sera préservée tout au long des travaux et qui ne sera pas impactée par le projet. 
     

 

Cette observation, sur plus d’un an (l’année 2020 notamment), a permis d’observer quelques rares observations ponctuelles d’individus à la nage mais jamais en repos sur les plages. Le projet n’aura ainsi pas d’impact sur les zones de repos des mammifères marins mais les travaux généreront en revanche quelques pollutions sonores (liées au clapage de matériaux et engins nautiques dans la zone de travaux notamment) auxquelles ces espèces sont très sensibles.  

Le Port du Havre mène dans ce cadre un état initial acoustique du site et effectuera un suivi régulier du bruit sous-marin généré par les travaux afin de vérifier que les niveaux de bruit sont acceptables pour prendre des mesures d’atténuation si nécessaire.

L’impact sur la faune et la flore terrestre : comment l’éviter, le réduire, le compenser ?

Des inventaires faune et flore terrestre ainsi qu’avifaune (*) ont été menés sur le site. Ceux-ci ont permis de mettre en exergue quelques points notables, détaillés ci-dessous. 
(*) ensemble des oiseaux d’un lieu, d’une région ou d’une période déterminés.

Les résultats des inventaires menés sur l’avifaune

Les inventaires menés ont permis de  : 

  • comptabiliser 25 espèces observées sur les secteurs de la plage écologique et de Port 2000, et 22 espèces en mer.

A titre d’information, parmi les espèces observées, les plus fréquentes sont le Goéland argenté, le Goéland marin et cendré, le Grèbe huppé, le Canard colvert et le Courlis cendré ;

  • notifier qu’un important stationnement de mouettes tridactyles (d’une dizaine d’individus à plus de 1000) occupait un espace sur la digue Sud de la Compagnie industrielle maritime (CIM), localisée le long du futur projet ;
  • visualiser la présence d’oiseaux sur les deux plages hydrauliques et écologiques, avec le stationnement de centaines de laridés en période de migration. 
     

A terme, la digue de la « chatière », qui sera isolée de la terre, permettra d’avoir une nouvelle zone de stationnement pour ces espèces. En revanche, pendant les travaux, ces espèces observées sur la zone seront dérangées et ne seront pas en mesure de stationner sur ces zones. Dans ce cadre, HAROPA – Port du Havre mettra en place des mesures de réduction permettant l’accueil des espèces sur d’autres zones portuaires pendant les travaux.

Sur le long terme, toujours dans une logique de préservation de la biodiversité locale, pour favoriser le stationnement ou la reproduction des espèces, le Port du Havre aménagera des toitures favorables sur les bunkers des digues pour les larridés, aménagera des plateformes de nidification en faveur de la mouette tridactyle et dératisera l’ensemble du linéaire de la future digue après les travaux afin que celle-ci soit favorable au stationnement de l’avifaune.
 

 

Les résultats des inventaires menés sur la flore terrestre

Des inventaires complets de la flore ont également été menés sur site. Quatre espèces d’intérêt patrimonial ont été identifiées et notamment une espèce protégée : le crambe maritime (communément appelé chou marin). Une mesure de transplantation de cette espèce est d’ores et déjà prévue par le Port du Havre et sera présentée dans le dossier de demande d’autorisation de travaux.

 

Pour prendre connaissance de l’étude faune et flore menée par ALISE et GONm en 2016, cliquez-ici

Les résultats des inventaires menés sur la faune terrestre

Le dossier d’étude d’impact, qui sera remis aux services instructeurs de l’Etat fin avril 2021, présentera pour chacune des thématiques environnementales citées précédemment, des mesures environnementales d’évitement, de réduction, de compensation ou d’accompagnement, définies en adéquation avec les effets du projet.
Ce dossier d’étude d’impact sera dans cette continuité soumis à l’avis du public dans le cadre d’une enquête publique, initiée à l’automne prochain
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